Il y a t’il un médecin dans l’avion

Je cours dans l’aérogare de Roissy tout juste à l’heure pour passer la douane. C’est la première fois que je pars seule aussi loin, enfin seule, dans un A380 tout est relatif ! Mais je pars sans famille, sans ami et pour la première fois je vais laisser mon petit koala de tout juste 6 mois. Je passe la douane sans problème et prends le temps de grignoter dans le terminal, j’ai peu d’appétit je stress tellement. J’ai peur de l’avion, de ne pas être à la hauteur de cette formation, de ne pas m’en sortir avec mon anglais… J’entends l’appel pour l’embarquement, je fais fondre mon demi lexomil sous ma langue et c’est parti pour l’aventure !

Je m’assoie à ma place au milieu et au fond de l’avion, je m’installe le plus confortablement possible, cale mon casque sur mes oreilles et fais le tour des films que je vais pouvoir regarder. Finalement je m’endors la fatigue d’un semestre sans dormir se fait sentir, je me réveille au moment du décollage, je sens les palpitations sous ma cage thoracique, ça tangue, ça vibre, le personnel de bord est à l’affut et puis on se stabilise, on vole. 

Le Stewart me propose un encas je choisis un thé pour me tenir compagnie, je viens de finir mon film, le générique de fin est interrompu par un message « nous aurions besoin d’un médecin en classe business ». Je suis tout de suite sur le qui-vive, le mental prend possession du corps et la fatigue n’existe plus. J’espère que quelqu’un va se lever je regarde à droite puis à gauche… mais personne ne se manifeste. Je vois le chef de cabine, il n’a pas l’air d’avoir trouvé un médecin, je jette un dernier regard autour de moi. 

  • « Bonjour Monsieur, je suis médecin »
  • « Très bien, avez-vous une carte professionnelle ?»
  • « Oui bien sûr », je récupère mon sac sous le siège et trouve ma carte professionnelle.

Tout médecin dans un avion redoute d’être appelé ; Au moment où je talonne le chef de cabine je ne sais pas du tout ce qui m’attend et je n’ai aucune idée du matériel médical qu’il y a dans un avion. 

Le commandant de bord m’accompagne en classe business sur le pont supérieur. Le monsieur se trouve sur la première place juste après la mezzanine. A mon arrivée Il est très essoufflé avec une respiration superficielle, je n’ai pas encore de diagnostic mais sans avoir besoin de lui parler je sais que c’est sérieux. J’ai à peine le temps de me présenter et d’obtenir quelques informations (Homme, 58 ans, américains) qu’un monsieur d’une soixantaine d’année se présente à nous, un médecin. Je me sens immédiatement moins seule.

J’interroge rapidement le patient et obtiens quelques informations, il a fait il y a 48h un voyage Turin-Paris depuis il souffre du mollet droit, il a déjà eu une phlébite par le passé, et n’a pas voulu se faire soigner en France, il a donc repris l’avion pour rentrer aux États-Unis. Je l’examine rapidement, habillé, au milieu de la cabine, il a des signes de phlébite, le diagnostic d’embolie pulmonaire est donc probable, je blêmis.  Pendant ce bref tour d’horizon j’apprends que le médecin qui vient d’arriver est généraliste, qu’il s’appelle Paul, et le personnel de bords nous présente le matériel. Nous trouvons une pharmacie avec les médicaments recensés dans un livret, une bouteille d’oxygène dont le débit ne peux pas dépasser 6L/min, un défibrillateur automatique, un saturomètre et un tensiomètre. Rapidement nous prenons les constantes du patient, elles sont mauvaises, l’état du patient est critique

Paul commence à poser une perfusion, L’oxygène est mis au maximum avec une amélioration médiocre de sa saturation. Le chef de cabine me fait signe de le suivre sur la mezzanine.

  • « Sentez-vous libre de me dire si vous pensez que nous devons détourner l’avion »
  • « Détourner l’avion ? »
  • « Oui pensez-vous qu’il tiendra jusqu’à New York ? »

J’espère bien qu’il va tenir et ne pas claquer comme ça au milieu de l’Atlantique à mes côtés.

  • « Je ne sais mais pas, son état est sérieux, il a besoin d’un hôpital rapidement ! Dans combien de temps arrivons nous à New York ? »
  • « Il reste 4H de vol environ »
  •  « Cela me semble trop long »
  • « Très bien je vais prévenir le commandant de bord, je reviens ».

Quand je retourne près du malade, Paul me montre qu’il l’a perfusé mais cette perfusion ne tient qu’à un fil, enfin à un bout de sparadrap … j’espère que cela fera l’affaire. 

Le temps semble long mais finalement le chef de cabine revient.

« Pouvez-vous me suivre s’il vous plait le commandant souhaiterai vous voir, je vous accompagne dans le cockpit »

Me voilà en chemin vers le cockpit d’un A380, je suis le chef de cabine et nous arrivons devant une porte fermée, il compose un code sur un boitier. La porte s’ouvre, il me demande de patienter, passe la porte, la referme, puis après un court instant il réapparait et me demande de le suivre. Je le suis dans le cockpit, c’est très petit et comme dans les films il y a une vue incroyable à plus de 180°, deux pilotes et des boutons du sol au plafond. On me demande de m’asseoir sur un strapontin situé derrière les pilotes.

Le commandant de bord paraît soucieux, il me demande de lui dicter ce qu’il doit dire au SAMU 75 qui régule les vols d’AIR FRANCE.

Je suis concise : homme, 58 ans, probable EP, signe et antécédent de phlébite, Hypotension à 80/50, tachycarde à 120/min, polypnée et saturation à 88% sous 6L d’O2. Les informations partent grâce à ce qui ressemble à un fax miniature, nous attendons la réponse. Le temps est long et les deux hommes taiseux, j’ose tout de même une parole après plusieurs longues minutes : 

« Avez-vous une réponse » 

« Non, ça arrive sur papier. Le problème c’est qu’on ne peut pas se poser n’importe où, l’aéroport le plus proche qui peux nous accueillir c’est Halifax, c’est à 90 minutes, les autres ne sont pas assez grands »

Après encore une attente non négligeable, le SAMU répond :

« Nous ne pensons pas qu’il soit nécessaire de poser l’avion au vu des données communiquées mais nous laissons le cardiologue sur place décider »

Merci les gars pour votre courage je me sens complétement épaulée !

« Alors que fait-on Docteur »

« Moi je ne le sens pas ce patient, il est en état de choc, il a besoin rapidement de réanimation »

« Très bien on détourne sur Halifax »

« Vous avez un message pour l’équipe de secours sur place »

« Oui, dite leurs que c’est une embolie pulmonaire grave, et qu’ils prévoient si ils peuvent une assistance cardiaque »

Je retourne en business et je stress, est ce que j’ai bien fait ? Je fais débarquer un américain au Canada et tous ces gens dans l’avion….

En arrivant le patient n’est plus à sa place, je regarde avec effroi Paul qui comprend sans un mot de ma part.

« Il a voulu se lever et aller aux WC, il ne se sentait pas bien ».

Je sais à ce moment précis que le monsieur est mort ! Je me retourne et le vois sortir des WC brutalement, puis tomber au sol inconscient. Dans la chute la perfusion n’a pas résisté, elle est sortie de sa veine et déverse son contenu sur la moquette, à ce moment-là je sens que l’avion amorce sa descente.

En un rien de temps le patient est tiré sur la mezzanine, les rideaux sont fermés. Et là je vois une équipe se mettre en marche, ils sont 3 et savent parfaitement quoi faire ; la chemise est ouverte, le défibrillateur automatique posé sur la poitrine du patient, mais comme attendu pas de rythme cardiaque, il faut masser. Le personnel commence le massage cardiaque externe et moi je fais le reste : Je lui mets une canule dans la gorge, j’ouvre la trousse à pharmacie, trouve 4 mg d’adénaline, je n’ai plus de perfusion alors je l’injecte en intra trachéale comme dans les livres. Après la première injection nous réévaluons, toujours pas de rythme, alors j’injecte successivement les trois autres milligrammes, malheureusement ils sont inefficaces. Le personnel continue avec brio les gestes de réanimations, ils sont rodés c’est incroyable de voir cela en extra hospitalier. Je n’ai plus de ressource il n’y a pas de thrombolyse, j’injecte alors la dose d’anticoagulant que je trouve sans grand espoir. On s’approche du sol, le chef de cabine me demande fermement de m’asseoir sur le strapontin pour l’atterrissage. Durant les minutes précédant l’atterrissage nous ne pouvons plus rien faire, je regarde impuissante le patient gisant au sol.

A l’instant où les roues touchent le sol je bondis sur le patient pour poursuivre la réanimation nous sommes à plus de 30 minutes d’arrêt cardiaque, le pronostic est sombre. L’avion s’arrête sur le Tarmac et des paramédicaux canadiens montent à bord, il n’y a pas d’assistance, la réanimation est stoppée et le patient est descendu, mort.

Le chef de cabine m’installe ensuite à la place du mort, il me parle mais j’entends un mot sur deux, je comprends qu’il me remercie pour mes services. Autour de moi les gens sont désinhibés ils parlent de tout et de rien, j’entends des rires, autour de moi tout est léger, c’est la phase de déni, pour moi c’est lourd je viens de perdre un patient.

L’avion décolle direction New York je sais que j’ai loupé ma correspondance pour la Nouvelle Orléans. On nous sert un verre de champagne, pour moi le goût sera amer et je ne le finirais pas. On atterrit à New York, le chef de cabine et le commandant me remercie encore vivement en me tendant un bon d’achat de 150 euros sur AIR FRANCE, je reste coi, je n’ai jamais été remercié comme ça pour un tel résultat !

Je passe la douane, et me dirige au guichet de la compagnie et je comprends qu’une chambre d’hôtel m’a était réservé. Je m’effondre de sommeil. Le lendemain j’arrive pour le déjeuner sur le site de la formation, je suis attendu comme une star, je suis LA FRANCAISE qui a réanimé dans l’avion !

Géraldine Vedrenne Waintraub

Amoureuse de Lecture et de littérature, j'ai décidé de passer de l'autre coté! Je me suis lancée dans un atelier d'écriture, je vous partage ici mes textes écrits en fonction de consignes qui m'ont été demandée. Je partagerais aussi quelques coups de cœurs de lecture et peut être d'autre texte!

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