Bienvenue chez les adultes !

La table était installée sous le poirier, Antoinette avait mis les petits plats dans les grands pour fêter les 18 ans de son petit-fils. Avec Yvon, son époux, ils s’étaient préparés à cet événement depuis plusieurs semaines, il fallait en faire un moment spécial pour Clément, c’était un nouveau pan de sa vie ! Yvon se souvenait bien de ses 18 ans… Mais pour Clément cela sera différent, heureusement…

Il n’y avait pas grand monde : eux, leurs trois enfants et leurs conjoints et leurs 8 formidables petits enfants.

Tous étaient arrivés la veille et avaient pris « leurs appartements » dans cette grande maison au bord de la Dordogne. La maison elle, avait pris vie ! 

L’apéritif était servi, les coupes de champagnes et les verres de jus d’orange remplis, toute la famille était réunie sous le grand arbre, Yvon leva son verre et commença, ému son discours.

« Clément je suis très fier aujourd’hui de fêter avec toi ton baccalauréat, que tu as brillamment réussi, et surtout ton entrée dans l’âge adulte. Je souhaite que tu réalises tous tes rêves, comme moi je l’ai fait ! »

Il y eu quelques applaudissements et les verres se vidèrent. La joie d’être ensemble était palpable autour de la table. Antoinette emmena le melon pour démarrer le repas puis les plats se succédèrent jusqu’au dessert. Le déjeuner s’était étiré jusqu’au milieu de l’après-midi et se termina par une promenade digestive au bord de la rivière.

La curiosité avait piqué Clément depuis le toast de son grand père. Il avait donc réalisé tous ses rêves …  Mais que pouvaient t’ils être ? Lui aussi espérait réussir tous ses rêves.

Il se rapprocha d’Yvon

  • Je peux te poser une question ? 
  • Bien sûr que veux-tu savoir ? 
  • Tu as dit que tu avais réalisé tous tes rêves, c’est vrai ?
  • Oui bien-sûr ! J’ai eu tout ce que je voulais dans ma vie .
  • C’est incroyable, tout le monde rêve de ça ! Et toi tu as réussi ! Et c’était quoi ?  Enfin c’est quoi toutes ces choses que tu as eus ?
  • Je rêvais d’avoir une maison et une famille ! Aujourd’hui j’ai tout cela, je suis comblé !
  • Ah ok …

Clément était un peu déçu de cette réponse. Il trouvait que son grand-père avait manqué d’ambition c’est tout ce qu’il souhaitait vraiment ? Mais lui il voulait plus, beaucoup plus, tellement qu’il n’aurait pu l’énumérer si on lui avait demandé !

Un court silence s’instaura entre eux, puis Yvon repris la parole.

  • Ça va Clément ? Tu es triste ? 
  • Non pas du tout, tout va bien.

Comment aurait-il pu dire à son grand père ce qui lui passé par la tête, il ne voulait pas lui faire de peine, il l’aimait tellement.

Alors c’est Yvon qui reprit la parole.

  • J’ai beaucoup de chance de vous avoir tous autour de moi aujourd’hui. A 18 ans, je ne sais pas si tu le sais, mais je me suis retrouvé à la rue, seul.
  • Comment ça ? 

Yvon lui raconta son enfance. Il était orphelin, enfin une pupille de l’état  et pas de la nation ! Il avait vécu dans un orphelinat jusqu’à ses 18 ans, sa mère l’avait abandonné après avoir été elle-même abandonné par le père. Une fille mère, le déshonneur à l’époque ! Seule sa grand-mère maternelle lui rendait visite parfois, enfin surtout au début, mais elle n’arrivait pas à être aimante, elle avait elle aussi fini par abandonner Yvon.

L’orphelinat était une grande bâtisse entourée de grillage et de barbelé. La vie y était dure, à l’intérieur c’était la loi du plus fort, avec les adultes mais aussi entre enfants. Il dormait dans un immense dortoir de 30 places et dans le même lit de son arrivée jusqu’à son départ. Il avait eu un enseignement jusqu’au certificat d’étude, qu’il avait obtenu. Puis l’école s’était arrêtée, le collège et le lycée ce n’était pas pour eux… Par la suite on lui avait trouvé de petits travaux à faire et à 14 ans il avait eu une place chez un tourneur qui lui avait appris le métier.  Il ne touchait pas l’argent de son travail cela devait payer les frais de son hébergement lui disait-on. 

Le jour de ses 18 ans, on lui donna un sac pour rassembler ses affaires, un peu d’argent, qu’il avait gagné et on lui demanda de partir, c’était fini il n’était plus pupille, l’état avait fait ce qu’il pouvait pour lui !

Clément était stupéfait 

  • Donc à 18 ans les orphelins étaient mis dehors ? Personne ne se souciait de ce que vous deveniez ?
  • C’est ça, on m’avait prévenu tout de même et comme j’avais un travail j’avais pu me préparer un peu. J’ai trouvé un logement, j’ai vivoté, puis j’ai rencontré ta grand-mère et le reste tu le connais. 
  • C’est dingue quand même, moi je n’aurais jamais réussi.
  • Mais si, quand tu n’as pas le choix tu le fais, et puis à l’époque c’était plus facile, il y avait du travail, des logements … 
  • Oui peut être…. Heureusement que ce n’est plus comme ça ! 

Yvon s’arrêta brusquement de marcher et regarda son petit-fils.

  • Mais c’est toujours le cas Clément ! 
  • Quoi ? Aujourd’hui encore à 18 ans les jeunes sont jetés dehors ? Non impossible !
  • Si, c’est toujours le cas ! A 18 ans ces enfants ne sont plus pris en charge par l’état et ils se retrouvent dehors, souvent SDF ! Parfois ils obtiennent 2 ans de sursis pour finir des études mais c’est tout. Certains ont de la chance d’avoir des familles d’accueils affectueuses qui les gardent avec eux sans contre parti, mais beaucoup sont dehors. 

Il a fallu à Clément quelques jours pour digérer ces informations et surtout pour éloigner sa colère. Il s’en voulait d‘avoir si mal jugé son grand père, cet homme incroyable qui avait eu tant de force pour vaincre tous les obstacles ! Il en voulait au système, à l’état, d’être si mal fait ! Comment pouvions nous abandonner une nouvelle fois ses jeunes adultes à leur majorité ? Petit à petit la colère a laissé place à la force et à la créativité ! Ses ambitions restèrent les mêmes avec en plus l’envie de prendre une place dans la société pour aider ces jeunes !

Quelques années plus tard il deviendra juge pour enfants et pensera souvent à son grand père et à sa sagesse et remerciera la vie de tout ce qu’il a, simplement !

La consigne était de parler d’un dysfonctionnement, en apprenant le chemin de ces enfants et adolescents j’ai trouvé que ça déconné pas mal! Qu’en pensez vous? A savoir que cette histoire, du moins le début elle m’a été confiée et elle m’a beaucoup ému ce pourquoi je l’ai partagé

Géraldine Vedrenne Waintraub

Amoureuse de Lecture et de littérature, j'ai décidé de passer de l'autre coté! Je me suis lancée dans un atelier d'écriture, je vous partage ici mes textes écrits en fonction de consignes qui m'ont été demandée. Je partagerais aussi quelques coups de cœurs de lecture et peut être d'autre texte!

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